Le gecko dans la boite aux lettres

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Te souviens tu du temps qu’il fallut, deux mois

de consultations ou presque,

pour obtenir notre boite aux lettres ?

Il y avait de quoi rire. Agés, soucieux

de maintenir tout le prestige

de la propriété  - le murs fraichement

blanchis, le blason dans la partie haute, la longue

crénelure, le jardin-

les maitres de maison étaient indécis, un peu

tourmentés de ne savoir

où la mettre. Près de la porte

non, au sommet de l’escalier

pas davantage, ni meme sur la grille

en bas. Ils lurent de revues,

je crois, retrouvèrent dans leur mémoire

des villas anglaises et suisses

visitées autrefois.

Un jour enfin l’on apporta d’une cave

une boite en fer-blanc

grande comme un volume d’encyclopédie,

elle fut  peinte en vert, et presque camouflée

dès lors entre le lierre et le feuillage

des  petits pins maritimes et du prunier,

on l’accrocha au mur d’enceinte qui sépare

le jardin de la rue étroite et raide, un

sentier qui tombe vers la ville.

Elle était là, élégante peut-etre

parce que introuvable, avec si peu

d’emphase,sans meme l’inscription

de nos noms : entre deux jeunes pinastres

aux tronc divisés en arceau,

encastrée dans la pierre grise, à l’ombre

des lauriers et des oléandres.

 

Le vent bientôt y déposa de courbes

aiguilles brulées, de minces rameaux, des feuilles

rognés et jaunies. Elle fut baignée

de pluie :et du jour au lendemain une araignée

y déploya sa toile dans un coin, commode

et oblique autant qu’un hamac.

 

Puis au printemps elle devint la demeure

de qui tu sais, un sort

inévitable. « Ils se prennent d’affection,

rejoignent chaque jour la chaleur et le soleil

en un endroit précis, toujours le meme, comme si

les guidait une sort de boussole ».

Et ils se postent là, solitaires

dans l’attente, plus

immobiles qu’une épingle de cravate.

 

Elle devint la demeure d’un gecko, notre

boite aux lettres, d’un reptile qui venait

de naitre, et seul, sans que je sache

pourquoi, sans frères ni parents,

un petit gecko tout rose encore,

presque tranlucide, d’une douceur fragile,

plus court qu’un auriculaire, et maigre

à peine moins qu’une feuille.

Il savait fuir dans un frétillement, mais à contecoeur,

par saccades brèves et incertaines, comme s’il trébuchait.

Te souviens-tu de ses pattes menues, quatre grains

de coriandre, de sa queue

tendre, inerte ?

 

Qui était-il ? Et pourquoi vivre là, solitaire ?

Son choix d’habiter notre boite, au milieu

des messages, des lettres, des livres,

nous en parlions. « Mais il va grandir », disais-tu,

« comment pourrai-je encore l’ouvrir

et prendre le courrier ? J’aurai trop peur. »

Moi, je temporisais.

 

Puis un jour –es tu certaine

que ce n’était pas un reve –tu m’as dit

l’avoir pris par la queue

entre le bout  des doigts

pour le confier au lierre

le plus épais, et que soit perdu pour lui

le chemin du  retour.

 

Etait-il frele et à ce point sans  défense

que tu aies pu le toucher ?

Son père te glacerait d’effroi, à sa vue

tu crierais au secours :

avec lui, nouveau-né,as-tu connu

un tel échange, presque amoureux ?

 

Mais il a disparu pur de bon,

sans retour. En moi s’est installé

un moment le regret.

Et j’ai veillé quelques jours encore

à ouvrir la boite avec précaution. Quant à lui

qui sait où son chemin l’avait mené,

à qui allait son affection maintenant

et de tes doigts quel souvenir

il emportait avec lui.

© 2015 Giuseppe Conte

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